vendredi 30 novembre 2018

Cette fonctionnalité est-elle vraiment utile ?

"Il y a des choses qui sont prévues pour être utilisées et d'autres pour être achetées... il n'y a pas forcément une correspondance parfaite entre les deux..." (moi)

Dans le secteur de l'édition de logiciel on arrive souvent à discuter de l'intérêt de créer ou garder certaines fonctionnalités. En effet accumuler des fonctionnalités peut être un problème pour plein de raisons :
  • coût du développement de ces nouvelles fonctionnalités
  • plus de bugs potentiels
  • augmentation du périmètre de maintenance
  • complexité accrue pour l'utilisateur
Il y a même des entreprises qui font du test A/B pour évaluer l'intérêt de garder une nouvelle fonctionnalité. Chez Booking par exemple, ils font des tests A/B pour s'assurer qu'une fonctionnalité leur rapporte de l'argent. Si ce n'est pas le cas, la fonctionnalité est supprimée.

Cependant, toutes ces approches négligent un aspect important de la raison d'exister d'une fonctionnalité.

« Il y a des choses qui sont prévues pour être utilisées et d'autres pour être achetées... il n'y a pas forcément une correspondance parfaite entre les deux... »

Certaines fonctionnalités sont prévues pour "faire vendre" mais ne seront pas utilisées. Cela peut paraître étrange, mais c'est une réalité. Pour vous en convaincre demandez vous combien d'acheteurs de véhicules 4x4 utilisent réellement la "fonctionnalité 4x4" ? Très peu, d'autant plus que ce type de véhicule sont souvent populaires en région très urbaine. On peut se dire que c'est le look du 4x4 qui fait vendre, et dans ce cas ça peut être vu comme une "fonctionnalité" utilisée... Mais dans ce cas on pourrait aussi se dire que les constructeurs pourraient simplement créer des véhicules ayant le look 4x4, mais pas le poids (et la consommation), ni la puissance moteur et encore moins le complexes système de transmission 4x4... Pour autant (et à ma connaissance) ce type de véhicule n'existe pas vraiment, peut être justement parce que l'acheteur veut réellement un 4x4, même s'il sait qu'il n'utilisera pas la fonctionnalité spécifique du 4x4.


Certaines fonctionnalités font vendre, mais ne seront pas utilisées par les acheteurs!

On peut croire que ce mode de choix un peu schizophrénique, est uniquement présent en B2C, là où le choix ne dépend et n'impacte qu'une seule personne. Cela illustrant parfaitement l'achat plaisir, qui par définition n'est pas rationnel. Mais cela arrive pourtant aussi en B2B!

Cette irrationalité est même facilement mesurable quand on vend un service en SaaS, puisqu'on peut facilement tracker l'utilisation de chaque fonctionnalité.

Cette irrationalité peut s'expliquer par la méthodologie des choix de services en entreprise.

Voici comment ça marche. Une personne est mandatée pour choisir un service parmi une longue liste. Cette personne n'est malheureusement pas la personne qui utilisera le service en question, car souvent considéré comme simple exécutant, l'entreprise lui préférera un cadre ayant une approximative expertise dans un domaine connexe. Puisqu'on parle se logiciel, assez naturellement c'est souvent un directeur informatique qui sera choisi. Comme il n'a pas d'expertise dans le domaine d'application du service en question, il va  essayer de rationaliser son choix en faisant une feuille de tableur. Une ligne pour chaque service, et une colonne pour chaque fonctionnalité du produit. Il va alors balayer toutes la documentation disponible et remplir le tableau avec des oui/non qui résumeront la présence ou non de chaque fonctionnalité pour chaque service. A la fin il donnera une note pour chaque service, simplement en comptabilisant les oui/non de chaque service. Et souvent sans pondération, toutes les fonctionnalité ayant le même poids, simplement par ce qu'il n'est pas celui qui utilisera le service et que fondamentalement il ne comprend pas ce qu'il y a derrière le nom de chaque fonctionnalité.

On arrive alors à la situation où les éditeur logiciels sont condamnés à proposer certaines fonctionnalités, même si celles-ci ne seront pas utilisées. À partir du moment où suffisamment de concurrents la proposent, alors il faut l'avoir pour avoir une chance dans les appels d'offres.

Donc, réfléchissez y a deux fois avant de dire qu'une fonctionnalité est inutile. ;)
Je conclu en citant Jérôme Bonaldi  :

« C'est totalement inutile et donc rigoureusement indispensable ! »

Et en remerciant Rémi Aubert (CEO et fondateur d'AB Tasty) qui m'a fait comprendre ce mécanisme.

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